J’ai lu une biographie !

On parle Histoire avec un grand H.

Aujourd’hui c’est un article plutôt spécial que je me décide à t’écrire. Grande amatrice de littérature, j’essaye de varier de manière fréquente mes lectures pour découvrir de nouveaux auteurs ou de nouveaux genres.
Rien ne me préparait à être emballée à ce point pour le livre dont je vais te parler juste après. J’apprécie réellement la plume de cet auteur et j’avais entendu quelques avis globalement positifs mais je ne m’attendais absolument pas à aimer assez cet ouvrage pour t’en parler ici !

Cet article est forcément différent dans sa conception de part le sujet: aujourd’hui on parle d’une biographie.
Une biographie de la très célèbre reine d’Ecosse, Marie Stuart. Une biographie écrite par le grand Stefan Zweig qui avait su me plaire avec Le joueur d’échecs et Lettre d’une inconnue.

C’est la toute première fois que je lis une biographie et donc que je pense et écris une chronique à ce sujet. L’exercice n’est pas simple car il demande un discernement plus important que lorsqu’il s’agit de traiter d’une fiction.
Marie-Stuart
Lire une biographie c’est comprendre qu’elle brosse un portrait unique et propre à son auteur et son traducteur. 

Il convient, tout d’abord, d’évoquer le travail de Stefan Zweig mais aussi celui de son traducteur personnel Alzir Hella puisque celui-ci a une importance capitale quant à la compréhension de ce texte. Très bien expliqué d’ailleurs dans la préface à Marie Stuart : «  Le faux s’emmêle tellement au vrai, le fictif au réel, qu’il est possible de prouver avec la plus grande vraisemblance chaque façon de voir les choses […] »

Cette préface joue un rôle capital dans la lecture de cette biographie c’est pourquoi il est absolument, selon moi, nécessaire de s’y attarder avant mais surtout après la lecture à la lumière de l’essai de l’auteur. Il est nettement spécifié qu’écrire une biographie relève d’un choix que l’on peut faire d’interpréter des documents mais aussi de ses croyances personnelles profondes. Notre sensibilité étant foncièrement différente de celle de notre voisin certains auront tendance à vouloir déceler la psychologie de Marie Stuart à travers sa calligraphie, au regard des évènements qu’elle vit tandis que d’autres décideront de s’appuyer sur les documents tels qu’ils sont rapportés de l’époque. Personne n’est dupe quant à la possibilité que ces documents soient falsifiés ou construits de toute pièce pour accuser ou excuser Marie Stuart et les acteurs de son époque. Stefan Zweig propose ici le résultat de ses propres recherches, c’est sa Marie Stuart à lui qui est l’objet de ce texte et peut-être qu’elle ne fut pas réellement en tout point conforme à ce qu’en dit l’auteur.

Plus qu’une biographie, Stefan Zweig fait de sa Marie Stuart un personnage digne d’une grande tragédie. Il pimente le récit de la vie de cette reine par une touche de drame et c’est que j’ai personnellement beaucoup aimé.

Pour aimer cet ouvrage je crois qu’il faut quand même apprécier son auteur; on sent régulièrement la présence de Stefan Zweig et des inspirations personnelles dans le récit de la vie de la jeune reine. Il fait notamment beaucoup référence à Shakespeare qui, à l’en croire, aurait grandement puisé sa propre inspiration en Marie Stuart pour broder ses héroïnes notamment pour la plus grande d’entre elles: Lady Macbeth (rien que ça!).

C’est presque finalement comme la lecture d’un roman, l’auteur attache à Marie Stuart une psychologie qui expliquerait ses actes; les complots à la cour, les secrets diplomatiques, l’hypocrisie et le pouvoir, tout cela fait de cette lecture un feuilleton incroyable pleins de rebondissements.

J’ai lu parfois sur le net que beaucoup trouvaient Stefan Zweig misogyne dans la façon qu’il avait de brosser le portait de Marie Stuart et d’ Elisabeth Ière ; il est sans doute possible de s’attarder sur des passages trahissant peut-être une forme de machisme mais je n’ai rien relevé d’absolument alarmant sur ce sujet et je dirais même que j’ai trouvé le portrait de ces deux femmes absolument fascinants dans ce livre car terriblement bien nuancés.

En effet (Stefan Zweig le dit dans sa préface) ce qui est intéressant c’est de voir à quel point Marie Stuart peut être coupable ou martyre selon les opinions de même que sa cousine Elisabeth.

Je crois plutôt qu’il admire la personnalité de la Marie Stuart qu’il dépeint: reine au berceau comme il le dit, c’est aussi une femme vive à la finesse d’esprit assez inégalable. Elle attise la jalousie par sa grâce mais aussi par son aplomb, sa jeunesse et son goût pour la vie. Elle qui fut d’abord reine avant d’être petite fille puis femme grandit et vieillit au rythme de ses imprudences politiques et amoureuses.

En terme d’appui historique, je ne suis sûrement pas assez connaisseuse pour dire si tels ou tels documents sont réels ou pas. Je crois que de nombreuses informations restent aujourd’hui manquantes mais que l’on dispose néanmoins d’un travail de recherche suffisamment conséquent, effectué par des auteurs et historiens, pour tenter d’élaborer des théories quant à cette période de l’Histoire. Beaucoup disent que le travail de Stefan Zweig manque d’exactitude mais je crois qu’il est plus fait de théories basées sur la psychologie des personnages historiques que sur les aspects politiques du règne de Marie Stuart. Selon moi, les informations relatées par l’auteur restent vraisemblables et il n’efface jamais la possibilité que d’autres puissent prouver qu’il se trompe.

J’ai adoré la Marie Stuart de Zweig comme j’ai adoré son Elisabeth: cette relation-poison est fascinante et si le caractère plus perfide de la reine d’Angleterre nous fait l’accuser d’hypocrisie et de trahison, l’auteur sait aussi (tout comme pour Marie Stuart) lui trouver des excuses qui permettent de nuancer le personnage. J’ai beaucoup apprécié cette vision globaliste et objective qui permet d’éprouver de l’empathie pour les deux reines qui se déchirent depuis leur plus jeune âge.

Marie Stuart est un coup de coeur incroyable pour moi, je lirais d’autres portraits écrits par Zweig en espérant qu’ils me fassent tous le même effet que celui-ci car au delà du fond et de l’histoire folle de cette jeune reine d’Ecosse j’ai aimé la forme.

Jude
nuagecut
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